
Ses larmes s’étaient taries, pourtant Albine se sentait toujours incapable de réfléchir. La tête comme prise dans un étau, elle tentait vainement de passer en revue les événements des derniers jours. Les inspecteurs lui avaient demandé de tenir compte des détails même les plus anodins. Rien n’y faisait, elle n’arrivait pas à dégager la moindre piste.
Son père et le Commissaire Gabier s’isolèrent quelques instants dans un coin du salon puis le policier salua et repartit aussi précipitamment qu’il était arrivé. Toute la matinée, ses hommes avaient investi le jardin, fouillant tous les recoins à la recherche d’un quelconque indice.
A présent, torturée par l’anxiété, Albine se sentait vide et inutile. Il y avait plus de sept heures que Romain avait disparu.
- Romain... Mon bébé... murmura-t-elle.
Malgré la présence de ses parents, elle avait l’impression d’être seule et perdue.
Soudain, n’y tenant plus, elle attrapa son sac à main.
- Où ai-je noté le numéro de Dany ?
Feuilletant fébrilement son répertoire, elle s’approcha du téléphone.
Monsieur Mathieu devança son geste en posant la main sur le combiné. Il dit d’un ton sans réplique :
- Albine, laisse ce téléphone tranquille !
- Mais... Papa ! Je dois prévenir Dany !
- Gabier a bien spécifié que nous devions laisser la ligne libre dans l’attente d’un appel des ravisseurs. De plus, je n’ai nulle confiance en ton ex-mari et Gabier est de mon avis. Pas question de laisser les médias s’emparer de l’affaire ! D’ailleurs, qui nous dit que tout ceci n’est pas un coup monté par ton chanteur de charme en mal de publicité ?
- Papa ! Comment peux-tu dire cela ? Jamais Dany ne ferait de mal à Romain... Il adore son fils !
Madame Mathieu prit un air désolé mais il y avait presque autant de mépris que de commisération dans sa voix.
- Ma pauvre petite ! Après tout ce qu’il t’a fait, tu continues à le défendre !
Vaincue, Albine regagna sa place sur le canapé. C’était toujours ainsi que les choses se passaient, elle était sans volonté face à l’autorité de ses parents.
Pourtant, pour une fois, un sursaut de révolte l’agita. Dany ne pouvait pas ignorer plus longtemps la disparition de son fils ! Cette angoisse et ce désespoir, il saurait les partager avec elle et peut-être lui apporter un peu de réconfort.
- Si vous voulez bien rester auprès du téléphone... Je vais l’appeler depuis mon portable.
Sans attendre leur réponse, elle se dirigea vers sa chambre, suivie du regard réprobateur de sa mère.
Assise sur le grand lit, elle laissa libre court au chagrin et à la peur qui la tenaillaient.
- C’est impossible, c’est un cauchemar, se dit-elle... Je vais me réveiller...
Elle composa rapidement le numéro. Quelque part, dans un appartement parisien, bien trop loin de sa petite maison bourguignonne, un téléphone sonnait qu’aucune main ne décrochait.
Comment joindre Dany ? Il était peut-être en tournée. Depuis leur séparation, elle n’osait même plus feuilleter un magazine de crainte d’y apercevoir une photo de la vedette adulée qu’il était devenu. A vrai dire, elle ne savait plus rien de sa vie.
Elle repensa aux mises en garde de ses parents. Combien de fois lui avaient-ils répété qu’en épousant un artiste elle s’exposait inévitablement à toutes sortes de déconvenues ?
Quand elle l’avait connu, Dany chantait avec un groupe de musiciens qui couraient continuellement après de maigres cachets. Ils animaient les bals du samedi soir, les mariages et les fêtes d’anniversaires. Elle était clerc dans l’étude notariale de son père. Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser. Le destin en avait décidé autrement.
Ils s’étaient rencontrés lors du mariage de Lucille, sa soeur aînée. Au premier regard, Cupidon avait frappé... Le vrai coup de foudre ! Fascinée par le chanteur, Albine déclina toutes les invitations à danser. A ses yeux, les amis de son tout nouveau beau-frère ne présentaient plus le moindre attrait. Aux dires de sa famille horrifiée, elle s’était comportée comme une vraie groupie. Quand l’orchestre eut terminé sa prestation, Dany lui proposa de se joindre à eux pour une fête chez l’un des guitaristes. Elle le suivit sans hésitation.
Leur idylle devint rapidement un sujet de discorde avec sa famille. L’annonce de sa prochaine maternité contraignit ses parents à accepter un mariage précipité. Pendant quelque temps, l’amour avait semblé triompher. Comblée par la naissance de Romain, Albine était heureuse auprès de son beau chanteur.
- Oh ! Dany... Réponds, je t’en prie...
Elle composa une nouvelle fois les dix chiffres et laissa très longtemps la sonnerie retentir dans le vide. Elle reposa enfin le téléphone mais resta assise sur le lit, la tête basse, les mains croisées sur ses genoux. Elle n’avait aucune envie de rejoindre ses parents au salon.
- Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour que ma vie soit un tel désastre ? Se dit-elle.
Depuis qu’elle avait, constaté la disparition de Romain, un étrange sentiment de culpabilité se mêlait à l’angoisse latente qui la taraudait.
- J’ai laissé Romain tout seul dans le jardin, pensait-elle. Un petit garçon de cinq ans, tout seul sans surveillance... TOUT SEUL !
Les deux mots lui vrillèrent l’esprit comme un cri silencieux. En un éclair elle revécut la scène qui s’était déroulée le matin même. Les paroles de Romain résonnaient dans sa tête. Les derniers mots qu’avait prononcés son petit garçon avant de disparaître.
- Maman, je vais réveiller Monsieur Gaston. Il est drôlement fainéant aujourd’hui... Pourquoi il ne se lève pas ?
- Oui mon chéri. Va jouer avec Monsieur Gaston...
Ce que Romain ne savait pas, c’est que, depuis la veille, la niche de Monsieur Gaston était vide. Elle-même n’avait pas réagi à ce moment-là, habituée qu’elle était à voir son fils jouer dans le jardin sous la vigilante attention du gros dogue de Bordeaux !
- Oh ! Mon Dieu... Tout est ma faute ! J’ai accepté d’éloigner Gaston pour des peccadilles. Rien ne serait arrivé à Romain si le chien avait été près de lui !
Dany avait offert Monsieur Gaston à son fils pour son deuxième anniversaire. Dès cet instant, le bambin et le chien étaient devenus des complices inséparables.
Bien entendu, la mère d’Albine avait poussé les hauts cris. Le jeune chien mordillait les pieds des chaises, il s’oubliait sur le tapis de l’entrée... Ce n’était pas une compagnie très saine pour un enfant !
Le coeur serré, Albine se rappelait les propos de sa mère.
- Ma pauvre Albine ! Ton mari n’est vraiment pas raisonnable. Nous aurions tellement souhaité, ton père et moi, que tu fasses un beau mariage, comme ta soeur... Vraiment, tu nous désoles ! Dany ne sera jamais un mari ni un père. Et maintenant... ce chien ! Vraiment, quelle idée ! Les chiens font des tas de saletés et celui-ci va devenir énorme.
Malgré les critiques répétées, Albine avait conservé son chien. Malheureusement, elle n’avait pas su garder son mari. C’était arrivé insidieusement. Petit à petit, Dany s’était lassé des remarques désobligeantes de ses beaux-parents, des incursions perpétuelles dans leur vie de couple.
Albine aussi trouvait ses parents quelque peu envahissants. Ils faisaient irruption chez elle à tout moment, l’accablant de conseils ou de remontrances. Elle n’osait jamais se rebiffer, devant eux elle était restée une petite fille soumise et obéissante.
Déjà, à cette période, elle s’était aperçue que son mari supportait de plus en plus mal la situation. Elle n’avait pas su réagir en conséquence. Au contraire, elle s’était montrée très maladroite et des querelles de plus en plus nombreuses avaient secoué leur couple.
Un jour, Dany était parti. Il avait pris le premier train pour Paris, emportant uniquement sa guitare et quelques effets personnels.
Il avait dû faire plusieurs métiers. A chaque fois qu’il le pouvait, il lui adressait des petites sommes d’argent. Par fierté, elle n’y touchait pas. Elle les mettait de côté pour Romain, pour plus tard. Son salaire de clerc dans l’étude de son père lui suffisait amplement.
Ses parents l’avaient encouragée à demander le divorce. Elle avait consulté un avocat, grand ami de son père et tout s’était déroulé très rapidement, presque en dehors de sa volonté. Dany n’avait pas contesté sa décision, il avait accepté tous les torts. Albine conservait leur petite maison et surtout la garde de Romain. Le père obtenait un droit de visite très réduit que ses beaux-parents, usant de divers prétextes, parvinrent encore à diminuer.
Comme en compensation, c’est à cette même époque que Dany enregistra un premier disque et connut enfin le succès. Lors de ses tournées, il n’oubliait pas son fils et lui adressait des cadeaux et des cartes postales de tous les coins de France. Dans ses lettres, il parlait de Monsieur Gaston, il parlait de la joie qu’il aurait à revoir prochainement son petit garçon mais pas un mot gentil à l’adresse d’Albine. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, elle n’avait rien fait pour le retenir.
Il lui versait à présent une pension conséquente. Financièrement, elle ne manquait de rien, elle avait même cessé de travailler pour se consacrer exclusivement à Romain. C’était Dany qui lui manquait. Elle s’était souvent dit qu’elle avait elle-même, par faiblesse, gâché leurs chances de bonheur.
A présent, elle pensait que sa peine d’hier n’était en rien comparable à la douleur qui l’étreignait depuis le matin. Cette souffrance et cette peur, elle les endurait parce qu’elle avait laissé Romain seul dans le jardin.
- Mon bébé est en danger parce qu’une fois de plus, je n’ai pas su me conduire en adulte... J’ai chassé Monsieur Gaston qui était son seul compagnon !
Comme une litanie, tous les arguments qu’elle avait acceptés lui revenaient en mémoire : Gaston a posé ses grosses pattes sales sur mon tailleur gris clair... Gaston a creusé un trou dans le jardin et ton père s’est tordu la cheville... Gaston met de la bave partout... Gaston était un caprice de Dany...
Monsieur et Madame Mathieu avaient résolu le problème. Un de leurs amis possédait une propriété en pleine campagne. Albine s’était laissé convaincre. Tout le monde était d’accord pour lui dire que le chien y serait bien mieux que dans sa petite maison !
- Qui a tenu compte des sentiments de Romain ? Même pas moi, sa maman ! Je ne suis pas digne d’être sa mère, je n’ai pas su le protéger !
Albine se leva d’un bond. Il lui fallait avertir le Commissaire Gabier. Romain était peut-être tout simplement parti à la recherche de son chien ! Cela ne minimisait en rien le danger. Un enfant de cinq ans seul dans les rues de la ville était en constant péril. Il y avait le flot de la circulation, une rencontre possible avec un inconnu mal intentionné, un fou sadique, un pédophile... Tout pouvait arriver !
La panique la submergeait. Elle se précipita vers le salon.
- Papa ! Romain est sûrement en train de chercher Gaston... J’aurais dû y penser plus tôt. Il faut prévenir le commissaire Gabier !
- Allons ! Calme-toi, ma chérie. Gabier connaît parfaitement son métier. Actuellement, il met tout en oeuvre pour retrouver Romain.
- Mais... Gaston ! Comment ai-je pu accepter de m’en débarrasser ? Romain tient tellement à lui !
- Albine, je t’en prie, ne remets pas ce chien sur le tapis ! Nous en avons déjà assez discuté et ce n’est pas le plus important actuellement !
Par acquit de conscience, Monsieur Mathieu appela son ami Gabier. Le policier prit note mais il pensait plutôt à une demande de rançon dirigée contre le célèbre Dany Vernier.
Dans la maison peu à peu envahie par l’obscurité, l’affreuse attente reprit son cours. Chaque minute écoulée semblait durer des heures.
Il était plus de minuit quand le coup de frein d’une voiture troubla le silence de la nuit. Une portière claqua, quelqu’un repoussa brutalement le portillon du jardin puis des pas précipités firent crisser les gravillons de l’allée.
Le coeur battant à tout rompre, Albine se précipita vers l’entrée. Était-ce le commissaire Gabier ? Quelles nouvelles apportait-il ? Elle n’osait l’imaginer.
Quand, malgré son affolement, elle parvint enfin à faire coulisser le gros verrou, elle eut un sursaut incontrôlé. La mine défaite, les yeux rougis... plus beau et plus émouvant que jamais, Dany se tenait dans l’embrasure de la porte.
A sa vue, Albine ne put retenir le flot des larmes qu’elle maîtrisait à grand peine depuis des heures. Elle se laissa tomber dans les bras de Dany qui la berça tendrement. Ils gagnèrent tous deux le salon où Monsieur et Madame Mathieu les accueillirent, le visage fermé.
Dany leur apprit qu’en fin d’après-midi, Gabier l’avait contacté pour l’interroger sur son emploi du temps et ses rapports avec son fils. Face à toutes ces questions, Dany s’était alarmé. Il avait, par son insistance, contraint le commissaire à lui avouer la disparition de Romain.
Malheureusement, il devait le soir même se produire sur une scène parisienne. Il avait honoré son contrat mais, sitôt le concert terminé, il s’était précipité vers sa voiture, direction la Bourgogne.
Malgré leurs réticences, à son égard, ses beaux-parents se montrèrent émus par son réel désarroi, si semblable au leur. Ils lui racontèrent le peu qu’ils savaient sur la disparition de leur petit-fils.
- Comment quelqu’un a-t-il pu entrer dans le jardin ? Ce qui me chagrine, c’est que Monsieur Gaston n’ait pas réagi... répondit pensivement Dany.
Ce disant, il jeta un regard circulaire autour de lui.
- Mais où est donc Gaston ?
Monsieur et Madame Mathieu ne soufflèrent mot.
Refoulant ses sanglots, Albine trouva le courage de raconter comment, depuis la veille, ils s’étaient débarrassés du gros chien.
Dany ne répondit rien.
Un silence écrasant reprit possession du salon faiblement éclairé. L’angoisse et la fatigue se reflétaient sur les traits de chacun. Personne n’osait prononcer la moindre parole et les regards se dirigeaient sans cesse vers le téléphone toujours muet.
Soudain, Dany se leva.
- Donnez-moi l’adresse de vos amis. Je vais aller chercher Gaston !
- Vous n’oseriez tout de même pas déranger les Francart en pleine nuit ! Et comment pouvez-vous penser à ce chien alors que votre propre fils est en danger ? S’écria Madame Mathieu.
- Je me fiche éperdument de réveiller vos amis ! Et justement, si quelqu’un est capable de retrouver Romain, c’est bien Monsieur Gaston ! Vous n’avez pas imaginé qu’un chien pouvait avoir autant de flair qu’un policier ?
Devant leurs mines atterrées, il se radoucit.
- Excusez-moi. Je ne devrais pas m’emporter ainsi.
Albine l’interrompit.
- Dany à raison, Maman. Peut-être Gaston sera-t-il capable de suivre la trace de Romain. Il l’aime tant !
A son tour, Madame Mathieu éclata en sanglots.
- Faites ce que vous pensez, dit-elle. Vous n’avez peut-être pas tort. Et puis, autant essayer quelque chose. Cette attente est insupportable !
Dès que son gendre eut quitté la pièce, Monsieur Mathieu utilisa le téléphone portable d’Albine pour prévenir les Francart. Malgré sa répugnance à outrepasser les règles de bienséance, il ne leur fournit aucune explication à cette visite nocturne. Il avait trop peur de briser le fil ténu du léger espoir qui venait de naître en lui.
Une nouvelle phase d’attente torturante commença.
Heureusement, Dany connaissait bien la région pour y avoir passé toute sa jeunesse. Il n’eut aucun mal à trouver le chemin.
Une heure plus tard, des aboiements joyeux troublaient le silence de la nuit et Monsieur Gaston faisait irruption dans le salon. Sans rancune, il fit fête à Albine. Il tourna quelques instants autour de la pièce puis se précipita vers la chambre de Romain. Il chercha ainsi dans toute la maison sans que quiconque parvienne à l’intercepter.
Dès qu’il eut réalisé l’absence de son petit compagnon, les gais jappements cédèrent la place à des gémissements douloureux. Monsieur Gaston continua à errer désespérément de pièce en pièce puis, soudain, il se dirigea vers la porte d’entrée.
Dany accrocha la laisse au gros collier clouté. L’homme et le chien, reliés par ce simple lien de cuir, disparurent dans la nuit.
Dans la maison, chacun retenait son souffle. Une fois de plus, la peur s’abattait sur eux, teintée toutefois, d’une si légère, si fragile touche d’espérance. Albine et ses parents n’osaient plus parler, se demandant s’ils ne s’accrochaient pas à un rêve illusoire.
Deux heures, trois heures passèrent. Le clocher de l’église martelait ses quatre coups quand ils crurent entendre des pas dans le lointain. Les pas d’un homme ? Les pattes d’un chien ?
Dans leur hâte, ils se bousculèrent pour gagner la porte d’entrée. Ils traversèrent le jardin sans égard pour les plates-bandes. Ils coururent dans la rue, se tordant les pieds sur les pavés irréguliers.
Scrutant l’obscurité, ils distinguèrent enfin la haute silhouette de Dany qui portait dans ses bras son enfant endormi.
Essoufflés, ils le rejoignirent et tous s’embrassèrent, riant, pleurant, soulagés et hébétés à la fois. Ensuite, à pas lents, ils regagnèrent la maison.
Monsieur Gaston marchait en tête du cortège. Sans ménager sa peine, il avait suivi toutes les pistes. Il avait traîné son gros museau dans les moindres recoins, sous les pierres des vieux murs écroulés ou à travers les buissons les plus épineux. Jetant de temps à autre un regard éploré vers Dany qui l’encourageait d’un mot ou d’une caresse, il avait poursuivi sa quête. Il avait retrouvé Romain et, à grands coups de langue, à grands coups d’amour, il avait effacé les pleurs du visage tant aimé. A présent, il était heureux.
Albine et sa mère s’affairèrent auprès de Romain, afin de s’assurer qu’il était en parfaite santé puis le couchèrent après l’avoir couvert de baisers. Épuisé mais radieux, avant de s’endormir, il leur expliqua comment il s’était égaré en recherchant son chien.
- Moi je cherchais Monsieur Gaston, je croyais qu’il s’était perdu... Et c’est lui qui m’a retrouvé !
Les deux femmes rejoignirent les hommes au salon. Monsieur Mathieu venait d’appeler le commissaire Gabier pour lui relater l’heureux dénouement. Une douce langueur s’emparait de la famille réunie, balayant peu à peu l’angoisse et la tension accumulées.
Albine se laissa tomber sur le canapé. Dany s’assit près d’elle. Il lui prit la main. La couvant d’un regard tendre, il se mit à raconter les détails de l’épopée qu’il venait de vivre en compagnie du gros dogue de Bordeaux.
Monsieur Gaston s’installa à leurs pieds et s’endormit paisiblement.